Sun, Feb 1, 2026
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Que diraient les fondateurs des grands partis belges s'ils voyaient leurs héritiers ? Exploration des racines libérales, socialistes et chrétiennes-démocrates.
Note de transparence
Cette chronique est le fruit d’une collaboration entre un humain (Pépé) et une intelligence artificielle (Claude, Anthropic). Les idées directrices, la ligne éditoriale et la validation finale sont humaines. La recherche documentaire et la rédaction sont assistées par IA.
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Cette semaine, j’ai regardé un débat politique. Trois partis s’affrontaient, chacun certain de porter LA tradition authentique. Et je me suis demandé : que diraient leurs fondateurs s’ils voyaient ça ?
Je suis allé creuser.
Le 14 juin 1846, le Parti libéral naît à l’Hôtel de ville de Bruxelles. C’est le premier parti politique de l’histoire de Belgique1. Ses fondateurs ? Des avocats, des journalistes, des jeunes gens romantiques qui se considéraient comme les héritiers du grand mouvement émancipateur de la fin du 18e siècle1.
Leur combat ? L’indépendance du pouvoir civil face au clergé. Soucieux de l’amélioration de la situation des classes ouvrières, le parti était perçu comme une formation progressiste, comme la gauche de l’époque1.
Vous avez bien lu : la gauche. Les libéraux de 1846 défendaient les petits contre les puissants — l’arbitraire royal, les monopoles, l’emprise cléricale sur l’éducation.
Puis vient 1961. Le parti abandonne le clivage originel — celui de l’émancipation face à l’Église — au profit d’un positionnement sur le clivage possédants/travailleurs. Le principal marqueur emblématique dans les programmes successifs devient la question fiscale2.
Le glissement est complet : d’un parti qui libérait les individus des pouvoirs arbitraires, on passe à un parti qui libère… les capitaux des contraintes fiscales. Le mot “liberté” est resté. Son sens s’est inversé.
Le 5 avril 1885, le Parti Ouvrier Belge naît d’une centaine de délégués représentant des syndicats, des sociétés de secours mutuel et des coopératives3. Pas des professionnels de la politique : des ouvriers, des artisans, des gens qui se cotisaient pour survivre ensemble.
Leur texte fondateur, la Charte de Quaregnon (1894), affirme que les richesses constituent le patrimoine commun de l’Humanité et que le parti se présente comme le défenseur de tous les opprimés de nationalité, de culte, de race et de sexe, dans un véritable esprit de solidarité4.
Ce mouvement venu d’en bas a conquis des droits immenses : suffrage universel, journée de huit heures, sécurité sociale. Victoires réelles, incontestables.
Mais le prix ? Les dernières décennies d’érosion néolibérale de l’État-Providence ont été combinées avec ce que certains observateurs appellent la “bourgeoisification” des partis sociaux-démocrates5. Certains notent même que, contrairement au POB de jadis, les partis sociaux-démocrates actuels participent parfois au démantèlement des acquis qu’ils avaient contribué à construire5.
Le parti des opprimés gère désormais le système. Est-ce une trahison ou une évolution nécessaire ? La question mérite d’être posée sans procès d’intention.
En 1891, la publication de l’encyclique Rerum Novarum incite des militants croyants, convaincus de l’urgence de créer une législation en faveur de la justice sociale, à fonder la démocratie chrétienne6.
Ces premiers démocrates-chrétiens étaient des rebelles au sein de leur propre camp. Consciente du danger qu’incarnait le nouveau parti ouvrier, cette tendance démocrate chrétienne ambitionnait de concurrencer les socialistes sur leur propre terrain : mise sur pied de coopératives, de mutualités et de syndicats chrétiens7.
L’idée originelle ? L’Évangile commande la justice sociale. Les pauvres ne sont pas une fatalité mais un scandale. Le chrétien doit agir dans la cité, pas seulement prier.
Aujourd’hui ? Les deux partis héritiers ont fini par s’éloigner idéologiquement : le CD&V est devenu un parti de centre-droit se rapprochant des nationalistes flamands, tandis que le Centre démocrate humaniste s’est rapproché du centre-gauche en abandonnant la mention du christianisme dans son nom8.
Le mot “chrétien” a même disparu du nom côté francophone. L’ADN social issu de Rerum Novarum s’est dilué dans le pragmatisme gestionnaire.
Voici ce que je vois, sans accuser personne :
Une naissance dans l’urgence — Chaque mouvement naît d’une souffrance réelle, d’une injustice criante. Les fondateurs sont souvent des idéalistes, parfois des marginaux dans leur propre milieu.
La conquête du pouvoir — Le mouvement grandit, se structure, gagne. C’est nécessaire pour changer les choses.
L’institutionnalisation — Pour durer, il faut des permanents, des locaux, des compromis. Le mouvement devient appareil.
La gestion remplace la vision — On défend les acquis plus qu’on ne conquiert de nouveaux horizons. Le “comment gouverner” remplace le “pourquoi nous battons-nous”.
Les mots restent, le sens s’évapore — “Liberté”, “solidarité”, “justice sociale” : les étiquettes demeurent sur des bouteilles dont le contenu a changé.
Je ne dis pas que ces évolutions sont toutes des trahisons. Certaines sont des adaptations nécessaires. Le monde de 1846 n’est pas celui de 2026.
Mais je dis ceci : quand un parti invoque ses “valeurs fondatrices”, il est légitime de vérifier.
Pas pour humilier. Pour comprendre. Pour mesurer l’écart entre l’emballage et le contenu. Pour savoir si l’on achète ce qu’on croit acheter.
Ce phénomène d’érosion sémantique, cette dérive entre l’intention originelle et la pratique actuelle — la voyez-vous ailleurs ? Dans d’autres pays ? Dans d’autres domaines que la politique ?
Écrivez-moi. Le jardin est grand, et il y a beaucoup de racines à déterrer.
Pépé
Wikipedia, “Parti libéral (Belgique)” ; Centre Jean Gol, Les fondateurs du Parti Libéral, 2021. ↩︎ ↩︎ ↩︎
Pascal Delwit, “Du parti libéral à la fédération PRL-FDF-MCC”, Université Libre de Bruxelles ; Benjamin Biard, “Les partis libéraux en Belgique : des partis frères ?”, CRISP, 2023. ↩︎
Wikipedia, “Parti ouvrier belge” ; Maxime Steinberg, “La fondation du Parti Ouvrier Belge et le ralliement de la classe ouvrière à l’action politique”, International Review of Social History, 1963. ↩︎
Site officiel du Parti Socialiste (ps.be), “Histoire”. ↩︎
OpenEdition Books, “Les partis socialistes de Belgique. Entre conquêtes, compromis et renoncements”, in Un siècle de socialismes en Bretagne, Presses universitaires de Rennes. ↩︎ ↩︎
OpenEdition Books, “La droite catholique belge francophone après 1945”, LARHRA, 2022. ↩︎
Pascal Delwit (éd.), Le parti social chrétien. Mutations et perspectives, Université Libre de Bruxelles. ↩︎
Wikipedia, “Démocratie chrétienne en Belgique”. ↩︎